Activité de sériation* (E2 - 1P)

Janine Cosandey, maîtresse d'appui, Blonay

*Cette activité m'a été inspirée par les travaux du GEPALM (Groupement d'étude psychopathologique des activités logico-mathématiques) de Paris.

Note théorique :

Avant ou parallèlement à l'apprentissage de la suite des nombres, il est important de sérier des objets de toutes sortes (réglettes Cuisenaire, poupées russes, récipients, etc.). La sériation est acquise assez tôt chez les enfants pour autant qu'elle revête un aspect visuel (escalier des réglettes, " bon " arrangement des poupées, ...). Mais la structure de la série, faite d'inclusions successives, est difficile à maîtriser mentalement.

a < b < c < d implique a < b, c et d

b < c et d

c < d

et d > c, b et a

c > b et a

b > a

D'autre part, la relation est transitive :

si c > b et b > a, alors c > a

Tout ceci est-il bien nécessaire à un élève de 6-7 ans ? Eh, bien, s'il n'a pas cette structure mentale, il ne peut pas situer un élément dans une série ou constituer une série sans support visuel. Pour contrôler où il en est, faites-lui sérier 5 ou 6 bâtons à l'aveugle, les mains sous un cache, et vous verrez s'il a une stratégie cohérente ou non. Ou alors, faites-le vous-même en observant bien chacun de vos gestes avec son pourquoi.

Activité :

Cette activité (inspirée des travaux du GEPALM, Paris - voir encadré) est propre à faire réfléchir les enfants et à les aider à se construire.

I. Fabrication du matériel

Les élèves, lors d'une première séance, fabriquent des boules de pâte à modeler de 7 grosseurs différentes : comme grain de poivre - pois jaune - pois chiche - noisette - noix - balle de ping-pong - balle de tennis. On les calibre en les faisant passer dans des trous judicieusement percés dans un carton épais.

illustration

Les boules de chaque grosseur sont d'une couleur différente.

Cette activité de calibrage travaille déjà la sériation : dans le plus petit trou ne passent que les rouges. Dans le trou suivant passent les rouges et les bleues, dans le suivant : les rouges, les bleues et les vertes, etc.

A volonté, on peut aussi prendre du matériel tout prêt (par ex. justement des graines, noix, billes, etc.).

II. Jeux

On a 7 gobelets opaques recouverts d'un papier ou d'un tissu tendu et percé d'un trou (comme les trous du carton de calibrage). On les place en désordre sur la table.

Jeu 1 : Le maître dit avoir caché 1 objet inconnu (1 des boules, ou 1 des objets) dans le gobelet qui a le plus petit trou. Les élèves devinent lequel : ça ne peut être que le grain de poivre / la boule rouge. Un objet caché dans le gobelet suivant : ça peut être le grain de poivre / rouge ou le pois jaune /bleue. Il apparaît alors le mot: c'est peut-être la rouge, peut-être la bleue. Plus le trou est grand, plus il y a de possibilités : on en fait le tour.

Jeu 2 : Le maître dit avoir caché, par exemple, la noix dans un gobelet inconnu. Où peut-elle être ? Peut-être là, peut-être là... C'est la même activité que le jeu 1, mais la pensée travaille dans l'autre sens. On en fait le tour.

Jeu 3 : Un élève cache un objet de son choix, connu, dans un gobelet à identifier. Un autre élève secoue des gobelets pour savoir lequel contient l'objet. A chaque essai, il a un point (négatif). Puis on inverse les rôles et celui qui a le moins de points a gagné.

L'enfant qui maîtrise la sériation comprendra vite qu'il a avantage à cacher un petit objet pour rendre la recherche plus difficile (davantage de possibilités).

Jeu 4 : On change la règle : on essaie de ne pas tomber sur l'objet caché : chaque essai où l'on secoue un gobelet vide vaut 1 point (positif). Après avoir échangé les rôles, celui qui a le plus de points a gagné.

Cela fait une gymnastique mentale propre à faire progresser les enfants encore mal structurés. Et, pendant ce temps, ils prennent plaisir au jeu, chacun avec la stratégie qu'il est capable de mettre en place.